- LEHMANN (R.)
- LEHMANN (R.)LEHMANN ROSAMOND (1903-1990)Fille d’un membre de l’équipe de Punch , alliée par sa mère au dramaturge américain Owen Davis, sœur d’une actrice connue (Beatrix Lehmann) et d’un poète et journaliste de talent (John Lehmann), Rosamond Lehmann est attirée très tôt par la littérature. Elle publie en effet son premier poème, «Cornhill», à l’âge de seize ans. Toute sa vie, elle a gardé pour la poésie une certaine prédilection, sensible dans ses romans, mais elle ne publie plus les vers qu’elle écrit par la suite, ne les jugeant pas assez bons.Son premier roman, Poussière (Dusty Answer , 1927), qui se passe à Cambridge, là où elle-même a fait ses études, remporte un vif succès populaire. Avec Une note de musique (A Note in Music , 1930), Invitation à la valse (Invitation to the Waltz , 1932), Intempéries (The Weather in the Street , 1936), Rosamond Lehmann poursuit ses thèmes favoris: rien de plus en apparence que l’éveil maladroit de la personnalité des adolescents, les mille petits drames autour d’un bal, d’un week-end ou d’une garden-party anglaise. Mais aussi les problèmes et les angoisses de l’homosexualité et de l’avortement pour des jeunes femmes qui, malgré leur excellente éducation, échappent comme sans le vouloir à toute morale convenue — et ce désarroi, impalpable d’abord puis lucide de la femme qui voit nier sa propre humanité dans la réponse masculine qu’elle désirait. Plus profondément encore, le drame des vies gâchées par trop de tendresse ou d’attention à l’autre, épaves dérisoires au sein d’un entourage familial et social qui trouve sans effort le bonheur dans la dignité morale et qui peut même faire montre sincèrement de la plus délicate bienveillance envers les victimes. Il y a là bien plus que la célèbre «psychologie féminine» dont on a voulu un peu railleusement lui faire honneur.En 1944, après la Seconde Guerre mondiale, La Ballade et la Source (The Ballad and the Source) vaut à Rosamond Lehmann un regain de succès. Une femme (vue à travers les yeux d’une petite fille de quatorze ans), qui a le sens du beau et du bien, devient pourtant un monstre abominable. Deux autres romans suivront: Le Jour enseveli (1953) et L’Arbre de mer (1976). Dans l’intervalle, Rosamond Lehmann avait découvert, à la suite de la mort de sa fille, la parapsychologie, ce dont témoigne Le Cygne au crépuscule (1967), autobiographie spirituelle.Tout en étant un écrivain mineur, Rosamond Lehmann a en propre ce qui demeure sans prix pour certains lecteurs: la «note schubertienne» — une voix nue et presque blanche, celle du constat limpide, pour dire que c’est ainsi, que le bonheur est si proche qu’il semble à portée de la main, mais qu’il se dérobera toujours à trop de soif d’amour —, le chant même de Marguerite au rouet, comme de Judy ou d’Olivia, ses jeunes sœurs d’Angleterre.
Encyclopédie Universelle. 2012.